La fois que j’ai arrêté une relation sexuelle en plein milieu

” La fois que j’ai arrêté une relation sexuelle en plein milieu”.

Ça sonne obligatoirement gênant, malaisant, comme une tache à faire disparaître. Pourquoi ça semble si difficile de mettre nos relations sexuelles sur ”pause”. On le fait déjà souvent avec nos films, nos séries, nos documentaires true crime trop intenses, non ?

Comme dans toutes les situations, il n’y a pas juste un avant et un après, il y a un pendant aussi.

Et c’est durant ce pendant qu’il y a le plus de scénarios possibles.

On entend de plus en plus parler de l’importance du consentement. Le consentement libre, sans pression ni obligation, ainsi que le consentement éclairé, sans altération de la conscience, font la une et forge les nouvelles mentalités depuis quelques années.

Qu’en est-il du consentement continu ? Ou autrement dit, quand l’envie s’estompe en plein milieu de la relation sexuelle. On le sait qu’on a le droit de retirer son consentement à tous moments…mais c’est “weird”, gênant et culpabilisant! Parfois, surtout frustrant pour l’autre.

Mais, est-ce qu’il y a encore plus matière à interrogations qu’à une réponse concrète dans le consentement continu ? Qu’est-ce que ça veut dire, toute la durée de la relation ? Après un orgasme ? Après que les deux partenaires (ou plus) ait eu leur.s orgasme.s ? Et dans un couple, ça veut dire quoi ? Est-ce qu’il est possible que la routine ait gommé la façon dont on voit la fin d’une relation sexuelle ?

Il y a bel et bien une perception des relations sexuelles comme un engagement, qui serait naturel et inné. Mais, la sphère sexuelle est similaire aux autres sphères de notre vie. Contrairement à ce que l’on pourrait croire à première vue, une activité sexuelle est comme un rendez-vous social avec quelqu’un. On partage, on écoute, on rit, on se fait du bien mutuellement, dans le contact humain. Sans oublier que malgré les normes et les règles qui influencent nos manières d’agir, tout le monde est libre, avec le pouvoir de choisir ce qui nous va ou non.

SOS, je veux m’en aller!

Pour illustrer comment la sexualité peut se comparer à d’autres types d’activités, faisons semblant qu’une relation sexuelle est comme une soirée 5 à 7 avec un.e ami.e. Mais cette fois-ci, après quelques temps, l’envie de se retrouver à la maison devant Netflix devient de plus en plus forte. L’envie d’être n’importe ou ailleurs se fait sentir. Ce qui était supposé être ludique et plaisant devient lourd, une obligation sociale. Et c’est supposé être pour le plaisir, non ?

Tout le monde a déjà vécu ce sentiment, soit dans la sexualité, ou dans d’autres situations sociales. Mais concrètement, comment ça se traduit? À quoi peut ressembler notre discours interne, en pleine relation sexuelle qui ne semble jamais finir?

  • “Je ne peux pas vraiment arrêter mi-fellation/mi-cunnilingus?”
  • “Si je lui donne pas un orgasme, elle.il pourrait être fâché.e.”
  • “Il.elle va peut-être penser que je ne le.la désire plus ou qu’elle.il ne m’excite pas assez.”
  • “Ce serait plus simple d’attendre que ça passe et éviter la conversation malaisante après…”
  • “Je pourrais peut-être la.le faire venir plus vite!”
  • “J’ai juste hâte que ça finisse…pourquoi ça prend si longtemps?!”
  • “Ça ne me tente même pas de “faker” mon plaisir…”
  • “Est-ce qu’il.elle sait que ça ne me tente même plus?”
  • “Qu’est-ce qu’il.elle va dire à ses amis.es?”
  • “Il.elle va péter une coche…”

Et ce n’est que quelques exemples de ce qui peut se passer dans la tête de quelqu’un qui souhaite terminer une relation sexuelle. On peut avoir peur de la réaction de l’autre, tenter de rationaliser, tenter de se justifier pour continuer, avoir peur de se faire juger, ne pas se sentir ”normal”, peur qu’on nous trouve ”plate”. On peut se sentir mal, obligé.e de continuer, et surtout avoir peur de décevoir.

La sexualité a toutefois la particularité d’être très intime et personnelle. Il est facile de nous y sentir à notre plus vulnérable, ce qui accentue les craintes, les peurs et les retenues qu’il est possible d’entretenir. Mais ultimement, il faut vivre avec le sentiment d’avoir fait le bon choix pour soi, et donc, également, le bon choix pour tout le monde impliqué. Au-delà des normes et du regard des autres, il est souvent plus judicieux de prendre un moment de recul et de se reprendre quand le moment sera le bon.

Comme n’importe quoi, parfois ça ne nous tente plus. Et c’est bien normal.

Que ce passe-t-il, si c’est l’autre personne qui souhaite partir en plein milieu ?

Il est aussi assez facile de reconnaître quand un.e partenaire sexuel.le n’a plus envie d’avoir du sexe avec nous pendant l’acte. Parfois, voire souvent, on fait semblant de pas le voir aussi. Avez-vous déjà ressenti ou vécu l’un ou plusieurs des scénarios suivants:

  • Ton partenaire semble plus désengagé qu’au début?
  • T’as l’impression qu’il.elle n’est plus vraiment présent avec toi?
  • Ses baisers et caresses sont mécaniques, fuyants, désorganisés (ça manque un peu de PEP!)
  • Le détournement du regard de manière constante
  • Les mouvements de bassins moins engagés
  • Les gémissements à des décibels à peine perceptible (comparativement au début)
  • Un impression qu’elle.il voudrait être ailleurs
  • Des phrases du genre: “As-tu bientôt fini?” avec un tout petit peu d’exaspération

 

Aussi, plusieurs pensées et scénarios sont possibles quand on devine que notre.nos partenaire.s veut arrêter la relation.

  • “Est-ce que c’est de ma faute ? Est-ce que je lui ai fait mal?”
  • “J’étais vraiment dedans moi, c’est pas juste!”
  • “C’est toujours il ou elle qui décide des relations sexuelles.”
  • “Est-ce qu’il.elle pense à quelqu’un d’autre?”
  • “Est-ce que je devrais m’inquiéter ? Ça doit être parce que je ne suis pas assez bon.ne…”
  • “Je le savais que j’étais trop gros.se pour lui plaire…”
  • “Je vais faire ça vite pour que j’aille au moins mon orgasme.”

Quand l’autre présente l’envie de cesser la relation, il est normal de se sentir rejeté.e, de se sentir incompétent.e sexuellement, de ne pas être assez bon.ne ou assez désirable. Il est normal d’être déçu.e, surpris.e, en colère. Et surtout d’avoir l’impression que c’est notre faute et se sentir coupable, quand l’autre présente le désir de quitter. Mais, tout comme il serait exagéré de forcer quelqu’un à rester assis au bar et de lui verser son verre dans la bouche pour que la soirée continue, il n’est pas raisonnable de continuer une relation sexuelle qui n’est plus souhaitée. C’est malheureusement ce qui se passe le plus souvent, surtout dans les couples de longue date. 

Toutefois, il ne faut pas oublier que les raisons de vouloir arrêter une relation sexuelle sont multiples, et que plus souvent qu’autrement, cela part d’abord de notre propre discours interne, de notre propre envie. Ce n’est que très rarement la faute d’une autre personne. Et même si ça l’était, cela ne veut pas dire qu’on ne le.la désire plus et qu’on ne l’aime plus. Cela veut juste dire que l’envie est partie, pour cette fois-ci.

Arrêter en plein milieu, pas que du négatif !

Il y a aussi faire confiance, que l’autre peut nous accueillir dans un moment plus vulnérable ou accueillir l’autre.

On peut utiliser son empathie envers l’autre, se mettre à sa place, et tenter de répondre du mieux que l’ont peut à son besoin.

On peut miser sur la qualité des relations sexuelles, plutôt que sur la quantité ou que de simplement répéter une routine.

Cela permet de reprendre le contrôle sur sa sexualité et sur soi.

Cela peut être un moment de réfléchir à la qualité de nos relations sexuelles et de comprendre ce qui a poussé vers la perte d’envie. 

Mais surtout, c’est d’être humain, avec des fluctuations et des changements et d’apprendre à s’écouter pour le mieux.

 

 

Par, Rachel Baril, Sexologue.